La “souffrance au travail” est une souffrance mentale liée au travail ou au contexte professionnel. Souffrance mentale mais pas seulement, car dans de très nombreux cas, celle-ci engendre également une souffrance physique : les troubles psychosomatiques. Que la douleur soit morale ou physique, elle nous rend malade au point de devoir nous arrêter, voire mener au suicide.
Mais quelles sont les causes de cette souffrance, comment les déceler, et surtout, comment s’en prémunir ou s’en sortir ?
L’ambiance au travail

L’une des causes les plus flagrantes de souffrance morale au travail sont les différends que nous pouvons avoir avec nos collègues, notre hiérarchie ou notre patron, ainsi que le harcèlement que nous pouvons subir. Ces situations de conflits génèrent énormément de stress, et déclenchent souvent des troubles somatiques. De même que la situation d’une entreprise en restructuration faisant planer une menace de fermeture définitive ou un plan de licenciement massif.
L’épuisement professionnel

Lorsque l’on parle d’épuisement professionnel, nous pensons immédiatement au burn-out. Entré dans notre vocabulaire voilà quelques années, il a trouvé toute sa place dans notre langage courant. Mais le burn-out n’est que la partie la plus connue de l’épuisement professionnel, constitué de deux phases :
– Tout d’abord le burn-in : première phase de l’épuisement professionnel, il précède le burn-out. Il se caractérise par un état de surmenage. Le travailleur est :
- démotivé
- fatigué
- peu ou mal productif
Il souffre de troubles psychosomatiques divers mais reste néanmoins présent à son poste, contre vents et marées.
– Après cet état de résistance au surmenage du burn-in survient le burn-out.
Il peut littéralement se traduire par “brûlé jusqu’au bout”. Il s’agit d’un état d’épuisement physique, physiologique, nerveux et mental induit par le travail, (ainsi que la charge mentale, la cadence, les horaires qui y sont liés) au point de ne plus être capable de travailler. Le burn-out est la plus violente manifestation de souffrance au travail : nous pouvons la comparer à la rupture d’un barrage.
Quand le travail rime avec ennui et non-sens

Le bore-out est le “syndrome de l’ennui” . A l’inverse du Burn-out qui est dû à une surcharge de travail, le Bore-out apparaît lorsqu’il y a sous-charge de travail. Il s’installe progressivement, et se caractérise par un manque de motivation, un désinvestissement professionnel dû à un manque, voire à l’absence de tâches à accomplir ou de défis à relever. Du simple ressenti négatif «je m’ennuie», nous glissons lentement vers un mal-être et une souffrance morale qui engendre symptômes psychosomatiques et symptômes psychologiques dépressifs, pouvant mener à la dépression.
Le brown-out est un concept moins connu, et son étude plus difficilement réalisable. Comme nous l’avons vu, le burn-out et le bore-out sont liés à la quantité de travail, facilement mesurable.
Le brown-out quant à lui est lié à la nature même du travail, plus subjective et non quantifiable. Il résulte d’une perte de sens dans le travail que nous accomplissons, d’un sentiment d’inutilité, d’un choc de valeurs, de conflits éthiques entre nous et notre travail. Comme le bore-out, il s’installe progressivement. Il se manifeste par :
- une lassitude et une démotivation
- une diminution de l’attention et de l’investissement lors de la réalisation des tâches
- une baisse de l’estime de soi, pouvant aller jusqu’à une remise en question personnelle et professionnelle voire même d’une crise existentielle
- un repli sur soi
- une perte de joie pouvant entraîner une dégradation des relations professionnelles
- une forte anxiété pouvant mener à la dépression dans les cas les plus forts.
Lorsque les frontières deviennent floues

Le blur-out ou blurring, est un phénomène en pleine expansion, notamment depuis l’épidémie de COVID et la démocratisation du télétravail. Le blurring, soit floutage ou brouillage en français, désigne la souffrance induite par l’estompement de la limite entre vie professionnelle et privée. Non seulement le travail s’invite à la maison, dans la sphère personnelle, mais il peut aller jusqu’à s’affranchir des horaires de travail, empiétant ainsi sur le temps libre et sur la vie privée. Nous nous retrouvons à vivre pour le travail, sans coupure franche entre vie privée, loisirs et vie professionnelle.
Le blurring peut très rapidement glisser vers un burn-in ou un burn-out. Les frontières sont minces entre les divers syndromes, et notre propre mal-être au travail peut puiser ses origines dans plusieurs d’entre eux. Ainsi nous pouvons nous retrouver surmené dans un travail qui n’a plus n’a plus de sens à nos yeux.
Les conséquences sur la santé

Le mal-être mental dû au travail a des conséquences sur notre organisme. A commencer par le stress, dont on connaît bien l’influence sur l’humeur, les conduites addictives (cigarettes, alcool, drogue) et le comportement (anxiété, crise d’angoisse, troubles obsessionnels compulsifs…). Mais la souffrance mentale a également des répercussions au niveau physiologique : elle impacte nos défenses immunitaires, nos systèmes endocriniens et nerveux.
Notre corps manifeste alors notre mal-être mental :
- fatigue
- troubles du sommeil (difficulté à s’endormir, réveils nocturnes, insomnies…)
- tensions musculaires
- douleurs articulaires sans blessure ou rhumatisme ( mâchoire, dos …)
- troubles digestifs ( boule au ventre, constipation, diarrhée, reflux gastrique)
- troubles endocrinien ( perte ou prise de poids, difficulté à concevoir)
- troubles cutanés ( eczéma, psoriasis)…
Sur le long terme ces déséquilibres peuvent, selon les personnes et leurs prédispositions, être un déclencheur :
- de maladies chroniques
- de maladies psychosomatiques (spasmophilie, fibromyalgie, syndrôme de fatigue chronique…)
- de maladies auto-immunes (lupus, maladie d’hashimoto…)
- de maladies inflammatoires chroniques (maladie de Crohn, RCH…).

Pourtant, les conditions de travail ne sont pas la seule cause de notre souffrance morale. La façon dont nous y réagissons est tout aussi déterminante. Un équilibre solide avec notre vie privée et une bonne hygiène de vie seront essentiels pour ne pas se rendre malade au travail.
Nous verrons ensemble prochainement comment mieux nous en prémunir !
